Thermopolium

Le thermopolium était, dans l’ancienne Rome, un comptoir de restauration rapide destiné à la vente de plats chauds directement depuis la rue. Le mot provient du grec thermos (qui signifie « chaud ») et poleo (« vendre »), ce qui exprime bien la fonction de ces lieux : proposer de la nourriture prête à consommer, sans cuisine ni service à table. À Pompéi, les archéologues ont mis au jour environ 89 thermopolia dans les zones actuellement fouillées, ce qui laisse penser qu’ils étaient omniprésents dans le tissu urbain. Cela correspond à environ deux tiers de la ville antique, une densité qui illustre à quel point ces établissements répondaient aux besoins de la population, notamment ceux qui ne disposaient pas d’espaces de cuisson dans leur logement.

Ces petites tavernes, souvent ouvertes sur la rue et parfois intégrées aux façades de maisons ou de boutiques, étaient principalement fréquentées par les classes populaires: artisans, ouvriers, petits commerçants ou passants. Dans les quartiers plus modestes, les logements étaient généralement exigus et rarement équipés d’une cuisine. Le thermopolium devenait donc une solution pratique, économique et sociale pour se restaurer rapidement, rencontrer d’autres habitants et même échanger des informations ou écouter les nouvelles de la ville.

Organisation et décor

Sur le plan architectural, les thermopolia présentaient un aménagement simple, mais fonctionnel. Le comptoir, souvent en forme de L ou de U, était tourné vers la rue et servait à la fois de surface de présentation et de zone de stockage. Des dolia, grandes jarres en terre cuite encastrées dans le comptoir, contenaient les plats chauds, les sauces, les boissons ou même des aliments en conservation. Ces jarres étaient parfois protégées par des couvercles en pierre ou en bois pour maintenir la température ou empêcher la contamination.

L’intérieur, bien que réduit, pouvait être décoré avec soin. Les murs étaient généralement peints de fresques colorées, représentant la nourriture proposée (volailles, poissons, fruits), des scènes mythologiques ou des animaux symboliques. Ces éléments visuels servaient à attirer la clientèle tout en signalant l’identité du lieu. Des graffitis ou inscriptions, parfois humoristiques ou satiriques, ornaient les murs ou le comptoir, témoignant de l’ambiance vivante et familière de ces établissements.

Peintures et fresques

Les fresques retrouvées dans les thermopolia reflètent une grande diversité de thèmes et de styles. Certaines mettent en scène des plats du menu — comme des canards colverts, du pain ou du vin — tandis que d’autres montrent des figures protectrices ou divinités domestiques censées porter chance aux affaires. Ces fresques avaient non seulement une fonction esthétique, mais jouaient aussi un rôle dans la communication visuelle avec les clients, parfois analphabètes. Le style dépendait de l’époque, du quartier et du statut du propriétaire, mais leur objectif était toujours de rendre le lieu attrayant et reconnaissable.

Le soin apporté à ces décorations indique que, malgré leur modestie, les thermopolia étaient des lieux valorisés, où l’image comptait autant que le contenu de l’assiette. Certaines fresques montrent aussi des scènes de convivialité ou de théâtre, soulignant le rôle social et culturel de ces lieux dans la vie quotidienne pompéienne.

Ossements humains et canins

Les fouilles menées dans plusieurs thermopolia ont permis de mettre au jour des restes humains et animaux, notamment des squelettes de victimes de l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C. Ces découvertes, bien que relativement rares, offrent un aperçu poignant de l’instant où la catastrophe a frappé. Certaines personnes ont été retrouvées à l’intérieur ou juste devant ces établissements, ce qui laisse penser qu’elles travaillaient ou se restauraient sur place au moment de l’éruption.

Des ossements de chiens ont aussi été exhumés, révélant la présence d’animaux domestiques dans ou autour des thermopolia. Qu’ils aient servi de compagnons, de gardiens ou même de symboles liés à la protection, leur rôle reste encore sujet à interprétation. Ces éléments rappellent que les thermopolia n’étaient pas seulement des lieux de vente : ils faisaient partie intégrante du tissu social, économique et émotionnel de Pompéi.

Leur étude continue aujourd’hui à enrichir notre compréhension de la vie quotidienne dans les villes romaines, à travers l’archéologie des gestes simples : manger, boire, parler, se rassembler.

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