La Maison de Paquius Proculus est l’un des exemples les plus fascinants d’habitation aristocratique à Pompéi. Cette demeure, admirablement conservée, permet de plonger dans l’univers domestique romain et de mieux comprendre le raffinement artistique, les pratiques sociales et les goûts décoratifs de l’époque impériale.
Nichée dans la région I de la ville, elle séduit immédiatement par l’élégance de ses mosaïques et l’intimité de ses espaces, qui témoignent d’une maison appartenant à une figure influente de la cité.
Origines de la maison
Remontant à l’époque samnite du IIe siècle av. J.-C., cette résidence présente une architecture raffinée et ancienne, identifiable notamment par les chapiteaux cubiques qui encadrent le portail d’entrée. L’organisation de la maison suit la structure classique de la domus romaine, avec un atrium central entouré de pièces aux fonctions spécifiques. La présence d’inscriptions électorales sur la façade a permis aux archéologues d’attribuer cette maison à Publius Paquius Proculus ou, selon d’autres hypothèses, à Caius Cuspius Pansa. Tous deux ont occupé des fonctions publiques à Pompéi, et leur nom figure sur de nombreuses affiches de propagande politique retrouvées sur les murs de la ville.
En entrant dans la maison, on remarque immédiatement l’impluvium, bassin destiné à recueillir l’eau de pluie, dont le fond est orné de fragments d’amphores brisées, une technique décorative inspirée du monde grec. Une mosaïque à l’entrée représente un chien couché, enchaîné devant une porte entrouverte — un motif récurrent à Pompéi servant d’avertissement symbolique et emblématique du gardiennage domestique.
Mosaïques et scènes de vie
L’atrium est recouvert d’un sol en mosaïque à caissons, richement décoré d’animaux polychromes, allégories de prospérité, mais aussi de deux portraits très expressifs: un homme et une femme qui pourraient être les propriétaires ou des ancêtres idéalisés. Ce sol constitue l’un des exemples les plus sophistiqués de mosaïque domestique dans la ville.
En poursuivant vers le péristyle, on découvre d’autres pièces richement décorées, dont les sols présentent des mosaïques raffinées faites de minuscules tesselles de marbres colorés. La salle à manger (triclinium) attire particulièrement l’attention grâce à une mosaïque célèbre représentant une scène de pêche avec six Pygmées. Cette œuvre, typique de la culture gréco-romaine, reflète un goût pour le comique et l’exotisme. Une autre mosaïque, aujourd’hui exposée au Musée Archéologique National de Naples, montre un Silène ivre affalé sur un âne, un clin d’œil humoristique à la mythologie dionysiaque.
L’ensemble de ces décors témoigne du raffinement de la maison et du statut élevé de ses habitants, tout en dévoilant une volonté claire de représentation sociale à travers l’art. Visiter la Maison de Paquius Proculus, c’est ainsi découvrir une résidence où chaque détail, chaque fresque et chaque sol raconte un fragment de l’histoire romaine quotidienne à Pompéi.