Au centre de la ville antique, le Forum concentrait tout ce qui faisait battre le cœur de Pompéi : cultes, décisions civiques, justice et échanges. En traversant l’esplanade pavée de travertin, encadrée de portiques et de colonnes, on lit encore la hiérarchie des pouvoirs et des activités qui s’y répondaient. Voici comment déchiffrer les lieux, en suivant les quatre dimensions qui structuraient la place.
En parcourant le Forum selon ces quatre axes, religion, politique, justice, marché, on retrouve l’équilibre qui faisait de cette place le centre nerveux de Pompéi : un théâtre à ciel ouvert où la cité se montrait, s’organisait et se racontait.
Religion
Le Forum était d’abord une scène sacrée. Au nord, le Temple de Jupiter dominait la perspective et affirmait la romanité de la cité : à l’époque impériale, il abritait la triade capitoline (Jupiter, Junon, Minerve) et fixait le cadre des serments, processions et fêtes calendaires. À l’ouest, le Temple d’Apollon rappelle l’ancienneté des cultes locaux : podium, portique, autel et cadran solaire composaient un ensemble où l’on honorait la divinité par des sacrifices et des offrandes.
Sur le flanc oriental se développaient les lieux liés au culte impérial et aux divinités protectrices de la cité: un sanctuaire pour le Génie d’Auguste et le Sanctuaire des Lares publics, où l’on priait les esprits tutélaires pour la prospérité collective. Ces temples, visibles depuis l’esplanade, rythmaient l’année religieuse et encadraient les cérémonies qui se déployaient sous les portiques, entre encens, musique et cortèges.
Politique
Le Forum était la vitrine du pouvoir civique. Le long du côté sud se succédaient les bâtiments municipaux où siégeaient les magistrats et l’ordo des décurions: on y affichait décrets, annonces, résultats d’élections. Les arches d’honneur et les piédestaux pour statues rappelaient les bienfaiteurs et la loyauté envers Rome, inscrivant la mémoire publique dans la pierre.
À l’est, le bâtiment d’Eumachia, fondé par une prêtresse influente, matérialisait la puissance des élites locales: son portique monumental ouvrait directement sur la place et servait de lieu de réunion pour les corporations liées au textile.
Partout, inscriptions et dédicaces faisaient circuler les noms, les promesses et les ambitions : le Forum, espace piéton, était conçu pour être vu, parcouru et lu.
Justice
Sous les portiques, on discutait ; dans la Basilique, on tranchait. Cette vaste salle à nefs, au sud-ouest de la place, accueillait les tribunaux et les grandes affaires commerciales. Colonnes, tribunes et abside structuraient la mise en scène judiciaire : juges, plaideurs, témoins et public y trouvaient leur place.
À proximité, la mensa ponderaria, banc d’étalonnage des poids et mesures garantissait l’équité des échanges : on y contrôlait mesures sèches et liquides pour éviter les fraudes. Ainsi, le Forum n’était pas seulement un décor monumental : c’était un véritable appareil de régulation, où la loi, la parole et la pierre s’articulaient pour maintenir l’ordre urbain.
Marché
Au nord-est, le Macellum était le marché couvert des denrées: une cour centrale entourée d’échoppes, avec espaces pour le poisson, la viande et les produits frais. Les seuils usés, les comptoirs et les bases d’étals disent encore l’intensité des transactions quotidiennes.
Tout autour de la place, sous les portiques, des boutiques et dépôts publics complétaient l’offre; les Greniers du Forum (aujourd’hui dépôt de trouvailles) rappellent la logistique nécessaire à l’approvisionnement d’une ville en plein essor. Ici, la circulation était réglée par la pierre: passages, alignements de colonnes et accès successifs faisaient converger les flux vers les points de vente, avant que chacun ne se disperse à nouveau dans le tissu urbain.