Pompéi ne se résume pas à ses rues pavées et à ses villas ornées de fresques. En parcourant la ville antique, on découvre une constellation de temples et de sanctuaires qui racontent les croyances, les alliances politiques et les aspirations spirituelles de ses habitants.
Du culte ancestral d’Apollon aux rituels impériaux liés à Vespasien, chaque lieu sacré révèle un pan de l’histoire religieuse et civique de la cité.
Ces édifices, souvent reconstruits après le grand séisme de 62 apr. J.-C., forment un véritable atlas sacré à ciel ouvert, où se croisent traditions locales, influences étrangères et dévotions impériales. Une exploration fascinante, au cœur même de l’âme romaine.
Voici un aperçu des temples et sanctuaires qui structuraient la vie religieuse et publique de Pompéi.
Temple Apollon
Le Temple d’Apollon est l’un des sanctuaires les plus anciens de Pompéi. Le culte y est attesté dès le VIe siècle av. J.-C., mais l’édifice visible aujourd’hui prend sa forme monumentale au IIe siècle av. J.-C., mêlant podium « italique » et portique péristyle. Il occupe le côté ouest du Forum.
Dans la cour, un autel précède le podium et une colonne portait un cadran solaire ; deux statues en bronze, Apollon archer et Diane, ornaient le sanctuaire (les originaux sont conservés au Musée archéologique de Naples). Le temple était encore en restauration après le séisme de 62.
Temple Fortune Auguste
Légèrement à l’est du Forum, à l’angle de la Via del Foro et de la Via della Fortuna, se trouve le petit temple dédié à la Fortune d’Auguste. Il fut édifié sur fonds propres par Marcus Tullius, notable pompéien (duumvir, augure, tribun militaire), au début du Ier siècle apr. J.-C.
Une inscription en donne la preuve et date l’institution des premiers « ministres » du culte à l’an 3 apr. J.-C. La statue de la déesse occupait la niche centrale de la cella, des statues honorifiques remplissant les niches latérales. Le sanctuaire associait dévotion locale et promotion du culte impérial.
Temple d’Isis
Près des théâtres (Regio VIII), le Temple d’Isis est l’un des premiers monuments exhumés à Pompéi (1764), ce qui a contribué à la fortune européenne du culte isiaque.
Édifié à l’origine au IIe siècle av. J.-C., il fut reconstruit après 62 apr. J.-C. grâce au mécénat du riche affranchi Numerius Popidius Ampliatus au nom de son jeune fils Celsinus, comme l’atteste l’inscription au-dessus de l’entrée. Le complexe comprend un temple sur podium, des salles de service et un petit édicule relié à un bassin souterrain pour les eaux « du Nil » (purgatorium) utilisé lors des rites de purification ; des peintures et éléments décoratifs reflètent le syncrétisme gréco-égyptien du culte.
Temple Jupiter
Le Temple de Jupiter est dressé au nord du Forum et à l’époque romaine devient le principal sanctuaire civique de la ville et abrite la triade capitoline (Jupiter, Junon, Minerve).
Très endommagé en 62 apr. J.-C., il n’était pas entièrement réparé en 79 ; une partie du culte de Jupiter aurait été déplacée provisoirement vers un sanctuaire plus modeste (dit de Jupiter Meilichios). L’édifice combinait ainsi une fonction religieuse et une forte valeur symbolique dans la vie publique.
Temple Vespasien
Sur le côté est du Forum, un petit sanctuaire traditionnellement appelé « Temple de Vespasien » est aujourd’hui interprété comme un lieu de culte impérial.
Sa datation est discutée : certains y voient un édifice d’époque augustéenne (Aedes Genii Augusti) remanié après 62, d’autres une construction postérieure au séisme. Au centre de l’aire sacrée se trouve un autel de marbre décoré d’un relief célèbre représentant une scène de sacrifice (taureau conduit au rite), qui illustre la liturgie du culte impérial.
Sanctuaire des Lares publics
Édifié après le séisme de 62 apr. J.-C., ce vaste sanctuaire ouvert sur toute sa longueur le long du côté est du Forum était dédié aux Lares publics, divinités tutélaires de la cité.
Son plan, inhabituel, associe une grande cour ouverte, une abside monumentale, des exèdres et des aediculae destinées à des statues ; l’ensemble, probablement encore inachevé en 79, avait une forte valeur civique et propitiatoire. Les dimensions approximatives (environ 18 × 21 m) et l’implantation confirment son rôle de lieu de culte public.