Les maisons privées de Pompéi, ou domus, sont parmi les vestiges les plus fascinants de la cité antique. Elles permettent d’entrer directement dans l’intimité des habitants : on y découvre leurs espaces domestiques, leurs jardins, leurs lieux de réception, mais aussi leurs décors peints et mosaïques qui racontent un art de vivre raffiné.
Chaque demeure reflète le statut social et la personnalité de son propriétaire, qu’il s’agisse d’un riche banquier, d’un notable local ou d’une famille aristocratique. Parcourir ces maisons, c’est plonger dans le quotidien figé de 79 apr. J.-C., au moment de l’éruption du Vésuve.
Maison d’Obellius Firmus
La Maison d’Obellius Firmus est une domus patricienne de très grande taille, dont l’organisation se concentre autour d’un vaste atrium. Celui-ci s’ouvre sur plusieurs salles de réception, permettant d’impressionner les visiteurs. À l’arrière, de grands jardins témoignent de l’importance donnée à la nature domestiquée, conçue comme un cadre idéal pour les banquets et la vie sociale.
Les peintures murales conservées montrent encore des motifs mythologiques et des décors floraux, typiques du goût raffiné des élites pompéiennes. Cette demeure illustre la richesse d’une famille intégrée dans les cercles politiques et économiques de la ville. Aujourd’hui, des travaux de restauration mettent en valeur ses volumes et son plan complexe, rendant la visite encore plus captivante.
Maison d’Octavius Quartio
Également connue sous le nom de Maison de Loreius Tiburtinus, elle se distingue par son immense jardin traversé de deux canaux d’eau (euripi). Ces bassins, encadrés de statues et de pergolas, guidaient le regard jusqu’aux triclinia d’été, où l’on organisait des banquets en plein air. L’eau, élément de prestige et de fraîcheur, jouait ici un rôle scénographique exceptionnel.
Les fresques qui décorent certaines pièces intérieures représentent des scènes mythologiques et religieuses, confirmant la volonté de marquer la maison du sceau de la culture et du luxe. Cette domus est l’un des meilleurs exemples de la transformation du jardin en un espace théâtral, destiné à éblouir les invités.
Maison de Caecilius Jucundus
La maison appartenait au banquier Lucius Caecilius Jucundus, dont la renommée est liée à la découverte de tablettes de cire (tabulae ceratae) enregistrant ses transactions commerciales. Ces documents constituent une source précieuse sur l’économie pompéienne et le rôle des banquiers dans la société.
L’atrium conserve des fresques élégantes et des mosaïques qui reflètent le goût artistique du Ier siècle ap. J.-C. La maison illustre la combinaison entre vie domestique et activité professionnelle : les espaces d’apparat servaient à recevoir les clients, donnant une image prestigieuse du maître de maison.
Maison de la Chasse Antique
La Maison de la Chasse Antique tire son nom des peintures qui représentaient de vastes scènes de chasse. Cette demeure de grande taille s’organise autour d’un péristyle, qui structurait la distribution des pièces.
Les décors muraux montrent l’importance de la nature et des loisirs dans la vie quotidienne de l’élite pompéienne. Ces fresques, associées à la monumentalité de l’architecture, témoignent de la volonté d’affirmer son rang social par l’ostentation artistique.
Maison de la Grande Fontaine
Située sur la Via di Mercurio, la Maison de la Grande Fontaine est célèbre pour son nymphée monumental décoré de mosaïques colorées, de coquillages incrustés et de masques théâtraux. Cette fontaine, placée au fond du jardin, créait un décor spectaculaire où se mêlaient eau, lumière et reflets.
À l’intérieur, la maison conserve plusieurs fresques raffinées et un plan architectural équilibré, où les pièces s’organisent autour du jardin. Elle reflète la passion pompéienne pour l’eau comme élément décoratif, véritable symbole de prestige et de raffinement.
Maison de la Petite Fontaine
La Maison de la Petite Fontaine, voisine de la précédente, reprend le même goût pour les décors aquatiques. Son pseudo-péristyle abrite un nymphée plus modeste mais richement décoré de mosaïques polychromes et de coquilles.
Cette demeure prouve que même les maisons de taille moyenne cherchaient à intégrer des éléments de luxe, transformant l’espace domestique en un lieu de plaisir esthétique et de convivialité.
Maison de Julia Félix
Le complexe appelé Praedia Iuliae Felicis est l’un des plus vastes ensembles urbains de Pompéi. Il comprenait une résidence privée, des thermes élégants, des boutiques et des espaces locatifs. Julia Félix, femme d’affaires avisée, avait su rentabiliser son patrimoine en transformant sa demeure en un véritable quartier multifonctionnel.
Son grand jardin avec canal central (euripus) et ses fresques colorées en font un lieu emblématique. On y découvre la place des femmes propriétaires dans la société pompéienne et l’importance des investissements immobiliers dans l’économie urbaine.
Maison de l’Éphèbe
Cette maison, formée par la réunion de plusieurs unités, s’organise autour d’un atrium et d’un péristyle. Elle doit son nom à une statue en bronze d’un éphèbe, utilisée comme candélabre dans le triclinium d’été.
Les espaces décorés révèlent l’ambition de ses propriétaires, qui cherchaient à afficher leur culture hellénistique et leur goût pour les œuvres d’art. Cette maison illustre l’intégration des sculptures dans le décor domestique, au même titre que les fresques et mosaïques.
Maison de Marcus Fabius Rufus
La Maison de Marcus Fabius Rufus, située dans l’Insula Occidentalis, est une résidence en terrasses, étagée sur plusieurs niveaux avec de larges jardins et des vues panoramiques. Elle illustre le concept de « villa en ville », où l’on associe le confort domestique au cadre naturel.
Cette demeure luxueuse montre comment certaines familles pompéiennes cherchaient à se distinguer par des solutions architecturales innovantes, transformant la maison en un lieu spectaculaire de représentation sociale.
Maison de Marcus Lucretius Fronto
La Maison de Marcus Lucretius Fronto est réputée pour ses fresques raffinées du IIIe style, notamment dans l’atrium et le tablinum. Ses décors élégants mettent en avant des thèmes mythologiques et floraux d’une grande finesse.
L’ouverture récente au public a permis de redécouvrir une demeure dont la décoration rivalise avec celle des plus célèbres domus de Pompéi, offrant une plongée dans l’esthétique raffinée des élites du Ier siècle.
Maison de Ménandre
La Maison de Ménandre est l’une des plus célèbres domus de Pompéi. Son nom provient d’une fresque représentant le poète grec Ménandre, retrouvée dans une des salles. La maison est également connue pour le trésor d’argenterie découvert lors des fouilles, aujourd’hui conservé au Musée Archéologique de Naples.
Son plan vaste, ses espaces de réception et ses décorations somptueuses en font un modèle d’habitation aristocratique, combinant richesse matérielle et culture littéraire.
Maison de Salluste
La Maison de Salluste, située sur la Via Consolare, a connu une transformation particulière : initialement domus privée, elle fut convertie en auberge (hospitium) avec un thermopolium donnant sur la rue.
Cette évolution illustre la diversité d’usage des maisons pompéiennes et leur adaptation aux besoins économiques. Ses fresques et ses espaces de réception témoignent de la vie intense qui animait ce quartier proche de la Porte d’Herculanum.
Maison de Vénus
Appelée Maison de Vénus dans la coquille, elle est célèbre pour une fresque monumentale représentant Vénus allongée dans un coquillage, entourée de petits Amours et de scènes marines. Cette peinture décorait le péristyle, transformant le jardin en un espace symbolique dédié à la déesse.
La demeure reflète la popularité du culte de Vénus à Pompéi, où la déesse était considérée comme protectrice de la cité.
Maison des Amours Dorés
La Maison des Amours Dorés doit son nom à des médaillons en verre doré incrustés dans l’enduit, représentant de petits Cupidons. Cette maison, associée à la puissante famille des Poppaei, illustre l’usage de matériaux précieux dans la décoration domestique.
Elle conserve également un lararium richement orné, qui reflète la piété domestique et la place centrale des cultes familiaux dans la vie quotidienne.
Maison des Ceii
La Maison des Ceii est particulièrement connue pour une immense fresque murale représentant un jardin avec scènes de chasse et animaux sauvages. Restaurée récemment, cette peinture conserve une fraîcheur remarquable.
Les motifs, mêlant paysages exotiques et éléments égyptiens, montrent l’influence des cultures orientales sur l’art pompéien. Cette maison révèle le goût de ses propriétaires pour les images de puissance et de domination sur la nature.
Maison des Chastes Amants
La Maison des Chastes Amants doit son nom à une fresque représentant un couple lors d’un banquet. Rouverte récemment au public avec des passerelles modernes, elle permet d’observer à la fois les décors anciens et les fouilles en cours.
Cette domus est un excellent exemple de la manière dont la recherche archéologique continue à renouveler la connaissance de Pompéi, offrant aux visiteurs une expérience unique entre antiquité et science moderne.
Maison des Noces d’Argent
La Maison des Noces d’Argent est une des plus grandes domus aristocratiques de Pompéi. Son nom évoque probablement un événement fastueux qui s’y serait déroulé. L’atrium monumental, le péristyle spacieux et les stucs décoratifs remarquablement conservés en font un modèle de prestige.
Cette demeure illustre l’évolution tardive des styles décoratifs et la monumentalité des maisons construites pour impressionner durablement.
Maison des Vettii
La Maison des Vettii, récemment restaurée, est l’un des joyaux de Pompéi. Propriété de deux affranchis enrichis, elle est célèbre pour ses fresques du IVe style, parmi lesquelles le Priape pesant son sexe à l’entrée, le ciclo d’Ixion, et l’atelier des Cupidonnettes.
Ses deux péristyles, son plan complexe et la qualité de ses décors en font un exemple exceptionnel de l’ascension sociale et de la capacité des nouveaux riches à rivaliser avec les vieilles familles aristocratiques.
Maison du Centenaire
Découverte en 1879, cent ans après le début des fouilles de Pompéi, la Maison du Centenaire est une domus immense dotée de thermes privés, d’un nymphée monumental et de nombreuses salles richement ornées.
Elle illustre le confort et le luxe que pouvait offrir une maison pompéienne de très grande taille, avec des espaces adaptés aux besoins domestiques comme aux réceptions de prestige.
Maison du Cithariste
La Maison du Cithariste tire son nom d’une statue d’Apollon citharède découverte dans son péristyle. Elle est attribuée à la famille des Popidii, comme l’indiquent des graffitis et des inscriptions électorales.
Cette demeure se distingue par ses dimensions et la richesse de son décor, confirmant l’importance de ses propriétaires dans la société pompéienne.
Maison du Faune
La Maison du Faune est sans doute la plus célèbre de Pompéi. Couvrant près de 3 000 m², elle doit son nom à la petite statue en bronze du Faune dansant, placée dans l’impluvium de l’atrium.
Mais c’est surtout pour sa mosaïque d’Alexandre le Grand que la maison est mondialement connue. Ce chef-d’œuvre, aujourd’hui conservé au Musée Archéologique de Naples, témoigne de la grandeur culturelle de ses propriétaires. La maison elle-même, avec ses péristyles et ses innombrables salles, incarne le sommet du luxe pompéien.
Maison du Poète Tragique
La Maison du Poète Tragique est rendue célèbre par sa mosaïque « cave canem » représentant un chien enchaîné, placée à l’entrée. Elle conserve également des mosaïques mythologiques d’une grande qualité, datant du IIe siècle av. J.-C.
Cette domus illustre le goût pour la mythologie grecque et la manière dont les propriétaires aimaient affirmer leur culture littéraire et artistique.