Maison du Faune

Immense, raffinée et spectaculaire, la Maison du Faune est l’une des demeures privées les plus célèbres de Pompéi. Elle doit son nom à la statuette en bronze du faune dansant, posée autrefois au centre de l’impluvium, et elle est devenue emblématique pour un autre chef‑d’œuvre: la mosaïque d’Alexandre, aujourd’hui conservée au musée archéologique de Naples. Ici, l’architecture domestique atteint une échelle exceptionnelle et combine deux atriums, deux péristyles et une succession d’espaces de réception qui racontent la vie d’une élite au tournant des époques samnite et romaine.

Localisation

La Maison du Faune occupe tout un îlot (Regio VI, Insula 12) le long de Via della Fortuna (prolongement de la Via di Nola). Son plan « italique » est développé à grande échelle : un vestibule conduit à un atrium toscan avec impluvium, puis à un axe de représentation qui enchaîne tablinum, exèdre et deux péristyles (le premier plus intime, le second vaste comme un jardin). Un atrium tétrastyle commande la partie domestique et de service ; des tabernae s’ouvrent sur la rue. Pour vous orienter, cherchez l’inscription de bienvenue « HAVE » sur le seuil et l’alignement central qui mène visuellement de l’entrée jusqu’au fond du deuxième péristyle.

Histoire des fouilles

La domus fut dégagée au XIXe siècle (campagnes 1829–1833) et rapidement célébrée pour l’abondance de ses mosaïques et la qualité de ses bronzes. D’autres interventions eurent lieu au début du XXe siècle, puis après les dégâts des bombardements de 1943, avec des restaurations dans l’immédiat après‑guerre. Le nom « Maison du Faune » s’impose alors, en référence au bronze dansant découvert dans l’impluvium, tandis que la grande mosaïque d’Alexandre est transférée à Naples et remplacée sur place par une copie afin de préserver l’original.

Architecture

La Maison du Faune couvre environ 3 000 m² et se déploie dans une séquence monumentale rarement égalée à Pompéi. Deux atriums structurent la partie d’apparat et la partie domestique ; ils donnent accès à des triclinia d’été et d’hiver, à un petit complexe de bains privés, à des couloirs de service, à des chambres et à des espaces techniques. Les deux péristyles articulent la maison autour de portiques dorique et ionique ; le second, très vaste, fonctionnait comme un véritable jardin scénique. Les maçonneries alternent opus quadratum et appareils plus récents; les sols conservent une riche moisson de mosaïques géométriques et figurées. Placez‑vous dans l’axe vestibule → atrium → tablinum → exèdre pour saisir d’un seul regard la mise en scène voulue par les propriétaires.

Décors et œuvres

Le décor de la maison est dominé par les mosaïques. Outre les tapis géométriques, on remarque des scènes nilotiques et des masques théâtraux dans les zones de jardin. L’exèdre qui s’ouvre entre les deux péristyles accueillait la mosaïque d’Alexandre ; d’autres pièces montrent un goût prononcé pour le Premier style pompéien, avec faux placages de marbre peints en grands panneaux. La célèbre statuette du Faune dansant, trouvée dans l’impluvium de l’atrium toscan, donnait son nom à la maison et résume le ton général : élégance, mouvement, virtuosité du bronze.

La mosaïque d’Alexandre

Chef‑d’œuvre absolu, la mosaïque d’Alexandre représente l’affrontement entre Alexandre le Grand et Darius III. Monumentale (environ 5,83 × 3,13 m), elle était posée au sol de l’exèdre, exactement sur l’axe de la maison, comme un manifeste de prestige et de culture visuelle. L’original, composé d’environ deux millions de tesselles, est exposé au Musée archéologique national de Naples (MANN), tandis qu’une copie sur place permet de percevoir l’effet scénographique dans son emplacement d’origine. On y admire le visage concentré d’Alexandre, le char de Darius qui se dérobe, les reflets dans un bouclier tombé et la profondeur du champ de bataille.

Vie domestique

La Maison du Faune n’est pas qu’un décor d’apparat. Dans l’atrium tétrastyle et les espaces de service, les fouilles ont mis au jour des coffres‑forts et des réserves, des amphores et un réseau de circulation pensée pour le personnel. Un coffre, installé sur un socle de travertin, présentait même un dispositif inattendu qui le reliait par une ouverture masquée à une petite pièce attenante, détail unique à Pompéi.

La présence d’un bain privé atteste le niveau de confort et l’autonomie d’une demeure conçue pour recevoir, stocker, travailler et vivre au quotidien, tout en affichant une image d’excellence aux visiteurs.

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