Maison du chirurgien

Parmi les demeures emblématiques de Pompéi, la Maison du Chirurgien fascine pour une raison précise: on y a retrouvé un remarquable trousseau d’instruments médicaux qui éclaire la pratique concrète de la médecine romaine. Cette domus, austère à l’extérieur et soignée à l’intérieur, raconte une histoire faite de techniques constructives très anciennes, d’aménagements successifs et d’un quotidien où l’espace domestique côtoyait la profession.

Localisation

La Maison du Chirurgien se trouve dans la Regio VI, Insula 1 (numéros 9–10, avec un accès arrière au n° 23), à deux pas de la Via di Mercurio et de la zone du Forum. Le plan est celui d’une maison « italique » : un étroit vestibule mène à un atrium central entouré de pièces (cubicula), puis à un tablinum ouvrant sur un jardin avec portique. Cette séquence, du seuil vers l’arrière, est typique des maisons pompéiennes de statut élevé.

Pour vous orienter sur place, repérez la façade en calcaire du Sarno qui donne sur Via delle Terme et cherchez la mention « Regio VI, Ins. 1 » sur le plan remis à l’entrée. Lorsque l’intérieur n’est pas accessible, la façade et l’axe vestibule → atrium restent lisibles depuis la rue ; un passage en fin de matinée éclaire bien l’impluvium.

Histoire des fouilles

La maison a été dégagée au XVIIIe siècle, lors des explorations borboniques (années 1770). Les premières campagnes ont mis au jour les espaces nobles et le jardin, au XXe siècle puis au XXIe siècle, des études stratigraphiques ont affiné la chronologie et la compréhension des phases de travaux. L’insula VI, 1 a fait l’objet de recherches approfondies qui ont permis de revoir plusieurs « certitudes » sur l’ancienneté de certains murs et sur les remaniements préromains et romains.

Petit repère historique à garder en tête en visitant: les premiers dégagements datent de 1770 sous la direction de Francesco La Vega. Certaines pierres portent encore des traces d’extraction et de reprise visibles à l’œil nu, intéressantes pour lire la « vie » du monument.

Datation et phases

Longtemps considérée comme l’une des maisons les plus anciennes de Pompéi en raison de sa maçonnerie archaïsante, elle est aujourd’hui datée, pour sa configuration principale, du tournant des IIIe–IIe siècles av. J.-C. Des remaniements ont eu lieu à l’époque républicaine et, plus tard, à l’époque impériale. Un moment clé est l’adoption d’un compluvium (ouverture de toit) au-dessus de l’atrium, avec l’impluvium correspondant, installés pour améliorer la lumière et l’évacuation des eaux de pluie. À la veille de 79 apr. J.-C., certains indices laissent penser que la domus avait connu des dommages structurels et des usages plus « utilitaires » dans quelques pièces, signe d’une maintenance inégale.

Détail à observer: le rebord de l’impluvium en tuf et les pentes du compluvium trahissent cette mise à jour lumineuse du IIe siècle av. J.-C. Placez‑vous au centre de l’atrium pour comprendre le chemin de l’eau vers la citerne.

Architecture et matériaux

La façade, en blocs de calcaire du Sarno soigneusement appareillés (opus quadratum), donne une impression de solidité. À l’intérieur, plusieurs parois de l’atrium utilisent l’opus africanum (piliers de pierre et remplissage), un système robuste que l’on associe aux phases anciennes. L’atrium toscan est doté d’un impluvium en tuf ; autour se distribuent des chambres modestement décorées. Au fond, le tablinum fonctionne comme charnière visuelle et sociale entre l’espace de représentation et le jardin portiqué, dont les piliers en pierre rythmaient la perspective. Quelques sols en mosaïque géométrique et des enduits peints fragmentaires témoignent d’un décor plus soigné que ne le laisse paraître l’austérité extérieure.

Astuce photo: pour capter la façade en appareil régulier, shootez plutôt le matin depuis l’angle de Via delle Terme, puis alignez‑vous dans l’axe du vestibule pour une vue profonde « vestibule → atrium → tablinum ».

Décor et état de conservation

La domus n’exhibe pas la profusion décorative de maisons comme celle du Faune, mais elle conserve un ensemble lisible : seuils usés, cadres de portes, traces d’enduits, compluvium et canalisations de l’impluvium. Des indices d’étaiements en bois et de consolidations hâtives observés dans certaines pièces suggèrent des réparations tardives, peut‑être après le séisme de 62. Cette lecture matérielle, pierre après pierre, est précieuse pour comprendre l’évolution d’une demeure « italique » sur plusieurs siècles.

Lorsque l’accès est ouvert, promenez‑vous lentement le long des seuils : l’usure indique les chemins les plus fréquentés dans l’Antiquité. Cherchez aussi les saignées des canalisations autour de l’impluvium, elles relient la maison à sa citerne.

Instruments chirurgicaux

C’est dans cette maison que fut découvert un lot d’instruments médicaux antiques, en fer et en bronze: sondes, cathéters, pinces, crochets, forceps, bistouris et un spéculum gynécologique. Leur présence dans un contexte domestique a conduit à identifier ici la demeure (ou au moins le cabinet) d’un praticien. Ce trousseau, retrouvé avec d’autres objets liés au travail, éclaire la pratique médicale urbaine : interventions mineures, soins, diagnostics, peut‑être formation d’assistants, le tout au plus près de la vie quotidienne.

À savoir

Pour compléter la visite, gardez en tête que les instruments originaux se voient au MANN – Musée archéologique national de Naples: les vitrines indiquent souvent la provenance « Casa del Chirurgo (VI,1) », utile pour faire le lien avec les pièces observées sur le site.

Médecine romaine

La Maison du Chirurgien rappelle que la médecine romaine n’était pas cantonnée aux sanctuaires ou aux casernes : les praticiens recevaient en ville, parfois chez eux. Les instruments témoignent d’une médecine outillée et technique, avec des outils spécialisés pour explorer, inciser, suturer ou drainer. On y voit aussi l’hybridation des savoirs gréco‑romains, et l’importance d’un mobilier portatif pour intervenir dans des espaces domestiques, plutôt qu’au sein d’édifices hospitaliers inexistants au sens moderne.

Si vous visitez avec des adolescents curieux, c’est un excellent point de départ pour aborder gestes, matériaux et techniques dans l’Antiquité: comparez, sur place, l’opus quadratum de la façade, l’opus africanum de l’atrium et la fonction des outils visibles ensuite au musée, afin de relier architecture et pratiques de soin.

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