La découverte de deux sceaux en bronze a permis d’attribuer cette somptueuse demeure à deux frères riches, originaires de la classe des liberti (anciens esclaves affranchis). Ces objets servaient probablement de sceaux‑signets, marquant la propriété de la maison, et reflètent bien le statut social élevé de ses propriétaires.
l’image d’une ville moderne, Pompéi s’organisait en quartiers aux statuts variés. Il y avait les insulae, quartiers plus populaires et densément peuplés, et les secteurs résidentiels plus huppés, où l’on élevait les villas aristocratiques. La Maison des Vettii se situe précisément dans l’un de ces quartiers privilégiés.
Les fouilles de ce bâtiment commencèrent en 1894, et les travaux se sont poursuivis avec soin. Aujourd’hui, cette domus est l’un des exemples les mieux conservés de Pompéi, rivalisant de magnificence avec la Villa des Mystères ou la Maison du Faune.
La maison fut acquise au tout début du Ier siècle par les frères Aulus Vettius Restitutus et Aulus Vettius Conviva, deux liberti ayant acquis une grande richesse par le commerce et d’autres activités productives.
Après l’achat, ils entreprirent une rénovation complète de la domus pour l’enrichir avec des œuvres artistiques et des fresques dans le style le plus raffiné. Suite au tremblement de terre de 62 après J.-C., la maison fut de nouveau restaurée. Lors de l’éruption de 79, la maison fut ensevelie puis retrouvée presque intacte après les fouilles.
Entrée, architecture et décorations
L’entrée de la Maison des Vettii s’impose par sa majesté dès les premiers pas. On franchit d’abord le vestibule, puis les fauces, un couloir d’accès décoré de fresques à fond sombre qui conduit aux deux atria successifs. Le grand atrium central possède un impluvium en tuf, bassin ménagé au sol pour recueillir les eaux de pluie venant du toit, garant d’un système ingénieux de gestion de l’eau au cœur de la domus. Dans cet espace, deux coffres en fer fixés à des blocs de pierre témoignent du goût ostentatoire des propriétaires pour afficher leur richesse.
L’architecture de la maison mêle fonction et esthétique. Le plan, étendu sur environ 1 100 m², s’articule autour de ces deux atria, dont le plus grand dessert directement le péristyle, entouré de colonnes doriques, et de plusieurs pièces de réception et de séjour. Contrairement à une domus romaine typique, la Maison des Vettii ne comporte pas de tablinum distinct, ce qui lui donne une configuration un peu non conventionnelle.
Les décorations murales participent pleinement à l’ambiance raffinée de la demeure. Elles relèvent du quatrième style pompéien, caractérisé par la fusion des trois styles antérieurs : faux marbres, trompe-l’œil et scènes mythologiques. Dans l’atrium, on retrouve des représentations de scènes de chasse, de sacrifices et de cupides occupés à diverses tâches, tandis que les cadres architecturaux gravent la sensation d’une extension virtuelle de l’architecture.
Priape et le symbole de prospérité
Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par l’une des fresques les plus provocantes et symboliques de Pompéi : Priape pesant son membre phallique sur une balance, face à un sac d’argent. Ce tableau, combiné à la présence d’un mouton portant les attributs de Mercure, symbolise à la fois la fertilité, la richesse et une fonction apotropaïque — c’est-à-dire la capacité à conjurer le mauvais œil et assurer la prospérité de la maison.
On remarque également que ce motif se retrouve à plusieurs reprises dans la domus, en écho à l’idée que la fortune et la fertilité devaient accompagner les habitants à chaque entrée. Plusieurs spécialistes suggèrent qu’à l’origine, une statue de Priape servait peut-être aussi de fontaine, avec un canal interne traversant le phallus — une conception à la fois symbolique et mécanique de la protection et de l’abondance.
Ce type d’imagerie, à la fois audacieuse et codifiée, était assez courant à Pompéi et dans d’autres maisons de l’époque — ce qui montre que les Vettii souhaitaient clairement afficher leur statut et leur confiance dans les symboles mythologiques pour attirer le bon sort.
Fresques mythologiques
Quand on entre, on est immédiatement entouré de récits mythologiques, inscrits sur les murs comme un théâtre pictural. À mesure que vous vous déplacez, vous découvrez douze panneaux répartis à travers les cubicula et le triclinium, racontant des épisodes intenses : Leandre et Héro, Ariane abandonnée, ou encore la lutte entre Amour et Pan. Autour du péristyle, peint dans un fond jaune lumineux, s’épanouit un véritable cycle mythique : la vengeance d’Anfion et Zéthos, le supplice de Panthée face à Dionysos, Hercule enfant étouffant les serpents…
Mais ce n’est pas tout : dans les angles se déploient des scènes plus rares, mêlant Dédale et Pasiphaé, la tragédie d’Ission, le rêve éveillé d’Ariane découvert par Dionysos, et des trompe‑l’œil subtils de “fenêtres peintes” laissant entrevoir des jardins ou horizons marins — illusion magique dans une maison presque sans vraies ouvertures. Certains experts identifient aussi des fresques étonnantes dans le triclinium : des Cupidon s’adonnant à des métiers comme la parfumerie, la course, ou le tissage, dans un décor miniature riche en détails.