La Maison de l’Éphèbe, connue sous le nom de Casa dell’Efebo en italien, est un exemple fascinant de l’architecture résidentielle pompéienne et de la vie des classes moyennes enrichies à la fin du Ier siècle après J.-C. Située dans la Regio VI, Insula 7, elle reflète la montée en puissance de familles commerçantes qui, grâce à des activités lucratives comme le commerce du vin ou des huiles, ont pu transformer plusieurs petites habitations en une vaste demeure articulée autour de l’élégance et du confort.
Cette maison résulte justement de la fusion de plusieurs unités d’habitation, créant un complexe résidentiel particulièrement étendu et impressionnant. Elle illustre bien l’évolution de Pompéi vers une société plus ouverte à la mobilité sociale et au raffinement domestique. Le nom de la maison provient d’une statue en bronze, l’éphèbe, retrouvée dans ses pièces et représentant un jeune homme nu, emblématique de l’esthétique grecque classique. Ce détail souligne l’intérêt de l’élite pompéienne pour la culture hellénique.
Jardin, portiques et triclinium
L’élément central de cette maison est son vaste jardin intérieur, véritable cœur de la demeure, entouré de portiques élégants reposant sur des colonnes. Ces portiques offraient une zone ombragée propice à la promenade, à la détente et à la réception des invités, en plein air, mais à l’abri du soleil. Ils donnaient accès aux pièces principales, dont un somptueux triclinium d’été, où les repas étaient servis durant les journées chaudes.
Le sol du triclinium est orné d’un exceptionnel pavage en opus sectile, une technique décorative très précieuse consistant à insérer des fragments de marbres colorés selon des motifs géométriques et floraux complexes. Les motifs de rosettes et de fleurs de lotus, typiques de cette maison, renforcent le caractère luxueux du lieu. Ce décor reflète à la fois la richesse du propriétaire et son goût pour l’art raffiné inspiré des traditions orientales et grecques.
Les fouilles de la Maison de l’Éphèbe ont débuté en 1912, poursuivies en 1925, et ont permis de dégager de nombreuses pièces, objets domestiques et éléments architecturaux révélateurs du quotidien pompéien. On y a retrouvé des ustensiles de cuisine, des lampes, des amphores, mais aussi des traces de décoration murale très bien conservées.
Sacellum, fresques et influences grecques
Le jardin abrite également un sacellum, petit sanctuaire domestique typique des maisons romaines, dédié aux Lares, divinités protectrices du foyer. Ce lieu sacré jouait un rôle fondamental dans la vie religieuse familiale. L’intérieur est décoré d’une fresque remarquable représentant Mars et Vénus, divinités associées à la guerre et à l’amour. Cette fresque, à la fois symbolique et décorative, témoigne de l’assimilation de la culture grecque dans la religion romaine domestique.
Ces représentations ne sont pas rares à Pompéi, où l’on observe fréquemment une grande liberté dans le choix des thèmes mythologiques, souvent empruntés au panthéon hellénique et adaptés à la vie privée romaine. Le style pictural adopté appartient au quatrième style pompéien, caractérisé par une organisation illusionniste de l’espace, des couleurs vives et un raffinement particulier dans les détails figuratifs.
La statue de l’éphèbe
Parmi les découvertes majeures figure la célèbre statue de l’Éphèbe, chef-d’œuvre en bronze représentant un jeune homme nu portant une aiguière. Cette œuvre, probablement une copie romaine d’un original grec, a été retrouvée dans l’atrium de la maison. Elle était sans doute utilisée comme porte-lampe ou élément décoratif lors de banquets.
Sa conservation exceptionnelle permet aujourd’hui de l’admirer au Musée Archéologique National de Naples, où elle figure parmi les pièces maîtresses de la collection pompéienne.
Le fait que cette statue ait été soigneusement déplacée durant l’éruption suggère que ses propriétaires ont tenté de sauver leurs objets les plus précieux, donnant un aperçu poignant de la panique qui a précédé la catastrophe.
Une maison de marchand prospère
La maison est attribuée à Publius Cornelius Tages, un marchand de vin aisé, dont le nom apparaît dans les graffitis électoraux retrouvés sur la façade. De nombreuses amphores découvertes dans les pièces de stockage confirment cette activité, illustrant l’importance du commerce du vin à Pompéi et la richesse générée par cette économie florissante.
Les inscriptions électorales retrouvées témoignent non seulement de l’implication politique du propriétaire, mais aussi de son intégration dans la vie civique locale. Il n’était pas rare que les riches commerçants cherchent à gravir les échelons de la société par le biais des élections et du mécénat local.
La Maison de l’Éphèbe reste donc l’un des exemples les plus riches pour comprendre la fusion entre richesse commerciale, goût artistique et spiritualité domestique dans la société pompéienne à la veille de sa destruction.