Lupanar

Maison close emblématique des fouilles de Pompéi, le Lupanar fascine les visiteurs avec ses fresques érotiques bien conservées et son histoire figée en 79 apr. J.-C. Inclus dans le parcours de visite du site archéologique, ce lieu insolite offre un témoignage incontournable sur la vie quotidienne dans la Rome antique.

En ressortant du Lupanar, vous aurez sans doute en tête une série d’images marquantes, la pénombre d’une chambre étroite aux murs patinés, l’écho lointain des rires et des murmures en latin vulgaire, les dessins érotiques vieux de deux millénaires, et peut-être un moment de réflexion sur la permanence des instincts humains à travers le temps. Une chose est sûre, cette maison close antique est une visite incontournable de Pompéi, tant pour son côté croustillant que pour la fenêtre unique qu’elle ouvre sur l’intimité et les mœurs d’une cité romaine figée dans son dernier jour.

L’édifice s’étend sur une surface considérable, organisé autour d’une immense cour rectangulaire bordée de portiques. Au centre se trouvait une grande piscine destinée aux exercices aquatiques, tandis que les galeries couvertes servaient d’espaces pour la course, la lutte et d’autres disciplines.

Envie de découvrir ce bordel antique unique? Voici tout ce qu’il faut savoir pour visiter le Lupanar de Pompéi, de son accès pratique à ses secrets les plus surprenants, comme une véritable guide touristique.

Comment visiter le Lupanar

Gravage Lupanar de Pompéi

Le Lupanar, situé dans le Regio VII de Pompéi (non loin des thermes Stabies et à environ deux rues à l’est du Forum), se trouve à l’intersection du Vicolo del Balcone Pensile et du Vicolo del Lupanare. C’est une étape incontournable lors de la visite des fouilles.

Bonne nouvelle

L’entrée du Lupanar est incluse dans le billet général du parc archéologique de Pompéi – il n’y a donc pas besoin de ticket supplémentaire pour accéder à ce bâtiment historique.

Une fois à l’intérieur des ruines, munissez-vous du plan officiel remis à l’entrée pour localiser le Lupanar (qui y est clairement indiqué). Suivez le parcours vers la zone sud-ouest du site : le Lupanar se cache dans une petite rue secondaire, signalé à l’époque romaine par des gravures de phallus sur le pavé et les murs, un système de fléchage explicite destiné à guider les clients. Fait remarquable, ces discrètes gravures en forme de pénis sont encore visibles aujourd’hui sur les routes menant au Lupanar (regardez la photo ci-dessus), témoignant des pratiques de signalisation de l’époque.

Conseils de visite: en raison de l’exiguïté des lieux, l’accès à l’intérieur du Lupanar est limité à un petit nombre de visiteurs à la fois afin de préserver les fresques. Il est donc recommandé de planifier votre passage tôt le matin (dès l’ouverture) ou en fin d’après-midi pour éviter la foule des heures de pointe. En haute saison, il peut y avoir une petite file d’attente devant l’édifice, surtout vers midi, car chacun veut jeter un œil aux fameuses peintures érotiques. Prenez votre mal en patience, la visite en vaut la peine. Pour mieux comprendre l’histoire et les détails du site, envisagez de faire appel à un guide professionnel ou de louer un audioguide, les explications vous aideront à saisir toute la portée culturelle du lieu et à ne pas manquer les petites anecdotes cachées.

La visite du Lupanar en elle-même est assez brève (le bâtiment est petit, comptez une dizaine de minutes à l’intérieur), mais elle laissera sans doute une forte impression. Notez qu’il n’existe aucune restriction d’âge officielle pour entrer au Lupanar, les enfants accompagnés peuvent y accéder, mais les scènes représentées étant explicitement sexuelles, les parents décideront s’il est approprié pour leurs plus jeunes. Enfin, n’hésitez pas à observer attentivement les murs: en plus des peintures, de nombreux graffitis antiques y sont gravés (certains sont encore déchiffrables) et le sol conserve les traces usées des passages répétés, vous donnant littéralement l’impression de marcher sur les pas des Romains d’il y a 2000 ans.

Composition du Lupanar

Intérieur d’une petite chambre du Lupanar de Pompéi, avec son lit de pierre maçonné toujours en place. Chaque cellule était exiguë et quasiment dépourvue de décoration, si ce n’est les fresques suggestives au-dessus de la porte.

Le Lupanar de Pompéi présente une architecture à deux niveaux distincts, répondant à des besoins et des clientèles probablement différenciés. Il s’agit d’ailleurs du seul édifice de la ville spécifiquement conçu comme un bordel et non d’une simple arrière-boutique improvisée : les autres établissements de prostitution identifiés à Pompéi étaient généralement de petites pièces uniques aménagées à l’arrière d’une taverne ou au-dessus d’un commerce . En ce sens, le Lupanar (surnommé parfois Lupanare Grande) était le plus grand bordel de Pompéi, véritable maison close bâtie dans ce but précis.

Au rez-de-chaussée, cinq chambres exigües s’alignent de part et d’autre d’un couloir central. Chaque pièce fait à peine la taille d’un petit placard : juste assez d’espace pour un lit en maçonnerie d’environ 1,70 m de long surélevé sur une base de brique (voir photo ci-dessus). À l’époque, ces lits de pierre étaient recouverts d’un matelas ou de paillasses pour un minimum de « confort ». Aucune porte en bois ne subsiste aujourd’hui, et il est possible que certaines chambres n’en aient pas eu, ou qu’un simple rideau en tissu suffisait à préserver une relative intimité. Un étroit soupirail ou une petite fenêtre haute apportait un peu de lumière et d’air. Le décor des pièces du bas était volontairement minimaliste : pas de mosaïques élaborées ni de meubles luxueux, seulement ces peintures érotiques au-dessus des portes (nous y reviendrons) servant de « menu visuel » des services proposés. On ne trouvait quasiment aucun autre ornement. On note également la présence d’une latrine interne, élément pratique retrouvé dans le bâtiment, ce qui évitait aux occupants de sortir pour les besoins naturels .

L’étage supérieur du Lupanar, accessible autrefois par un escalier en bois (aujourd’hui disparu), comportait également cinq chambres, de dimensions un peu plus spacieuses semble-t-il, et distribuées par un couloir et un petit balcon intérieur. Cet étage aurait été réservé à une clientèle plus aisée ou fidèle, offrant des conditions un peu plus confortables et discrètes pour les rencontres. Les aménagements y étaient peut-être légèrement plus raffinés : par exemple, on suppose que des portes en bois fermaient les chambres à l’étage et que la literie pouvait y être de meilleure qualité. Cette séparation entre le bas et le haut reflète sans doute une forme de hiérarchie sociale dans la fréquentation du lieu.

Du point de vue de la construction, le Lupanar n’était pas un édifice ostentatoire : c’est un petit bâtiment de coin, relativement sobre de l’extérieur pour ne pas attirer l’attention des non-initiés. Il s’inscrit dans le tissu urbain dense de Pompéi, dans une rue secondaire étroite. Les matériaux et le style sont ceux d’une maison modeste de la fin du Ier siècle. D’ailleurs, les recherches archéologiques indiquent que le Lupanar a probablement été construit ou rénové peu de temps avant l’éruption : dans l’une des pièces, les archéologues ont retrouvé l’empreinte d’une pièce de monnaie datant de l’an 72 apr. J.-C. imprimée dans l’enduit frais du mur . Cela suggère que les travaux venaient d’être effectués quelques années seulement avant 79 apr. J.-C. – le Lupanar était donc presque neuf au moment où la catastrophe volcanique l’a figé dans le temps.

Fresques érotiques

Fresques érotiques de Pompéi

L’une des fresques érotiques bien conservées du Lupanar de Pompéi, représentant une scène explicite. Ces peintures servaient d’illustrations des services proposés aux clients et faisaient office d’outil publicitaire auprès d’une clientèle souvent illettrée.

Le Lupanar doit en grande partie sa renommée aux fresques érotiques qui ornent ses murs. Dès l’entrée et dans les petites alcôves, on peut admirer plusieurs peintures explicites représentant différentes scènes sexuelles. Bien que de dimensions modestes, ces fresques sont remarquables par leur qualité d’exécution et leur état de conservation. Chaque scène montre un couple dans une position intime distincte, probablement pour illustrer la variété des « prestations » disponibles. Ces images avaient une double fonction : décorative, pour agrémenter un lieu autrement austère, et indicative, servant de catalogue visuel pour une clientèle aux origines diverses dont une partie ne savait peut-être pas lire. Ainsi, un client pouvait désigner la scène de son choix pour indiquer ce qu’il souhaitait, un peu à la manière d’un menu illustré.

Les fresques du Lupanar sont également intéressantes du point de vue artistique : on y voit, par exemple, que certaines femmes portent des sortes de bandelettes autour de la poitrine (considérées comme l’ancêtre du soutien-gorge), détail à la fois érotique et pratique. Une peinture murale représente même le dieu Priape – symbole de fertilité par excellence – avec un phallus démesuré, soulignant le caractère hautement sexuel du lieu . Malgré leur contenu sans équivoque, ces œuvres étaient tout à fait tolérées dans la Rome antique, qui avait une vision décomplexée de la nudité et de la sexualité, surtout dans ce contexte professionnel.

Outre les peintures, le Lupanar a livré quelques vestiges archéologiques fascinants. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute un plat de pâtes et de haricots retrouvé intact dans l’une des chambres du rez-de-chaussée . Ce plat, non consommé, est resté en place depuis le jour de l’éruption : les fouilles l’ont mis au jour, figé et carbonisé par la cendre, offrant une scène poignante du quotidien brutalement interrompu. On imagine qu’un client ou une prostituée était en train de prendre ce repas frugal lorsqu’il a dû fuir précipitamment l’éruption du Vésuve, abandonnant son dîner sur place. Ce instantané de la vie romaine, un repas ordinaire laissé en plan, rend la visite du Lupanar encore plus humaine et tangible pour nous, près de deux millénaires plus tard. D’autres objets plus petits (lampes à huile, fioles de parfum, pièces de monnaie) ont pu être découverts, attestant de l’activité qui régnait dans ces pièces exiguës jusqu’au moment du drame.

Anecdotes et curiosités

Le Lupanar n’est pas seulement intéressant pour ses peintures, il l’est aussi pour les innombrables graffitis gravés sur ses murs. À Pompéi, il était courant d’écrire ou de graver des messages sur les surfaces publiques, et les clients du bordel ne se sont pas privés de le faire. Les archéologues y ont relevé plus de 150 inscriptions griffonnées à même l’enduit – une véritable mine d’or pour comprendre l’état d’esprit et l’ambiance de l’époque. Ces graffitis, souvent brefs, vont de la simple signature aux commentaires grivois. Ils constituent en quelque sorte un livre d’or (ou plutôt d’ombre) laissé par les visiteurs satisfaits ou moqueurs.

Parmi les inscriptions les plus célèbres, on peut citer par exemple: « Hic ego puellas multas futui », ce qui signifie en latin assez crûment « Ici, j’ai baisé de nombreuses filles » . Une autre, s’adressant apparemment à un habitué nommé Sollemnis, proclame: « Felix bene futuis », littéralement « Félicitations, tu baises bien » . Ces quelques mots, gravés à la hâte, nous font sourire aujourd’hui par leur spontanéité insolente, mais ils sont de précieux témoignages de la réalité du lieu : des hommes y venaient assouvir leurs désirs et repartaient en laissant trace de leurs exploits ou de leur humeur du moment sur les murs. On imagine l’atmosphère bruyante et canaille qui pouvait régner dans ce bordel, où l’on buvait du vin (certaines prostituées faisaient aussi office de serveuses), où l’on échangeait plaisanteries et confidences, et où l’on couchait sur les murs ses pensées après coup. Ces graffitis couvrent un éventail de langues – du latin bien sûr, mais aussi du grec et de l’osque (dialecte local) – reflétant la diversité des origines des habitants et visiteurs de Pompéi . Certains graffitis prennent même la forme de mini-poèmes ou de dessins simplifiés, preuve que l’art de l’esprit gaulois (ou plutôt romain !) ne date pas d’hier.

Une autre curiosité liée au Lupanar concerne l’étymologie même du lieu : le mot lupanar vient du latin lupa, qui signifie louve. Les Romains qualifiaient volontiers de « louves » les prostituées de basse condition, d’où le nom imagé de la maison close, littéralement le « repaire de louves » . Ce terme en a d’ailleurs engendré un autre : on appelait lupanarii les clients assidus des bordels, en référence à leur fréquentation du lupanar. De même, le verbe fornicari (forniquer) dérive du mot fornices, qui désignait les arches sous lesquelles officiaient certaines prostituées des rues (fornicatrices) dans la Rome antique. La langue garde ainsi la trace de ces pratiques codifiées.

Enfin, il est intéressant de noter que la prostitution était tout à fait légale et réglementée à Pompéi, ville prospère où affluaient marchands, marins et voyageurs de tout l’Empire. Les tarifs pratiqués dans les bordels pouvaient varier considérablement. D’après les sources et quelques graffitis, le prix d’une passe courante pouvait être d’environ 2 as (soit le prix d’un simple verre de vin à l’époque) . Certaines prestations plus demandées ou effectuées par des prostituées réputées pouvaient monter à 8 as ou plus. Un graffiti découvert près de la Porta Marina rapporte même qu’une certaine Atticé – probablement une prostituée très prisée – a demandé 16 as pour une performance, un montant exceptionnellement élevé pour l’époque, équivalent à la moitié du salaire mensuel d’un ouvrier ! On le voit, les affaires pouvaient être lucratives pour les proxénètes qui géraient ces établissements, même si la plupart des femmes qui y travaillaient étaient des esclaves ou des affranchies et ne voyaient guère la couleur de cet argent

La prostitution dans la Rome antique

Dans la Rome antique, la prostitution était une pratique répandue et structurée, entourée d’un vocabulaire spécifique qui reflétait le statut et le type de services offerts par les prostituées. Voici quelques termes de l’époque et leur signification :

  • Meretrix – Dérivé du verbe merere (« gagner de l’argent »), ce terme désignait une courtisane de haut rang, souvent libre et cultivée, qui pouvait tenir salon et offrir ses charmes dans un contexte raffiné. Elle maîtrisait volontiers la musique, la danse et l’ars amatoria (l’art d’aimer) pour divertir sa riche clientèle.
  • Lupa – Prostituée de basse condition, généralement esclave ou très pauvre, qui racolait dans la rue ou dans des établissements peu reluisants. C’est de ce mot que provient lupanar, le « lieu des louves », appellation imagée des bordels romains.
  • Fornicatrix – Prostituée qui opérait sous les fornices (les voûtes ou arcades des ponts et édifices). C’est sous ces arches que certaines vendaient leurs services à la sauvette – le terme a donné plus tard fornication, pour évoquer les rapports sexuels tarifés ou hors mariage.
  • Bustuaria – Prostituée exerçant près des cimetières (bustum en latin désignant le bûcher funéraire puis la tombe). Ces femmes offraient leurs services dans les zones funéraires en périphérie des villes, lieux propices à la discrétion.
  • Circulatrix – Prostituée itinérante qui arpentait les rues et les places à la recherche de clients, au lieu de rester fixée dans un lieu particulier. C’était en somme une freelance du sexe, pouvant se déplacer de ville en ville.

Ces femmes pouvaient se distinguer par leur tenue : la loi romaine leur interdisait le port de la stola (robe des matrones mariées honorables). À la place, elles portaient souvent des vêtements voyants – toges légères, tuniques teintées de couleurs vives ou même transparentes – destinés à signaler leur disponibilité et à attirer l’attention des passants. Le soir, on raconte qu’elles allumaient des lampes à huile rouges aux fenêtres pour mieux signaler leur présence, bien avant l’invention des néons roses !

Les tarifs de la prostitution romaine étaient très variables. Comme évoqué plus haut, cela pouvait aller de deux as seulement (le prix d’un simple vin coupé d’eau) à des sommes bien plus conséquentes selon la renommée de la prostituée ou les demandes particulières des clients. Les sommes exceptionnelles, telles que les 16 as d’Atticé, devaient toutefois être rares . Quoi qu’il en soit, cet argent finissait presque toujours dans la poche du leno (le tenancier ou proxénète) ou du propriétaire de l’esclave, car les prostituées elles-mêmes, surtout si elles étaient esclaves, ne conservaient qu’une portion infime de leurs gains. Malgré cela, l’industrie du sexe contribuait de manière non négligeable à l’économie urbaine romaine.

En visitant le Lupanar de Pompéi, on plonge donc non seulement dans un lieu précis, mais aussi dans tout un pan de la société romaine antique. Ce modeste bâtiment, avec ses murs patinés où s’entremêlent fresques osées, graffitis grivois et traces de vie figées, raconte une histoire riche en enseignements. Il témoigne de la tolérance – voire de la banalité – de la prostitution dans l’Empire romain, de l’ingéniosité des moyens de communication (qui aurait cru que de simples carvings de phallus au coin d’une rue puissent faire office de panneaux indicateurs), mais aussi des inégalités sociales et des destins tragiques de celles qui offraient ces plaisirs tarifés.

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