Situé dans la Regio I, Insula 21 de Pompéi, près de la Porta Nocera, le Jardin des Fugitifs (Orto dei Fuggiaschi) est l’un des lieux les plus émouvants du site archéologique. C’est ici que furent retrouvés les corps de treize victimes de l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C., figés dans leur ultime tentative de fuir la ville.
Autrefois, cet espace était un jardin-potager, probablement associé à une habitation. Des traces archéologiques révèlent la présence d’un vignoble, de rigoles d’irrigation et de treilles. Il témoigne de l’usage agricole et domestique des zones périurbaines de Pompéi.
En 1961, lors de fouilles menées par l’archéologue Amedeo Maiuri, les treize corps furent mis au jour. L’équipe utilisa la technique mise au point par Giuseppe Fiorelli au XIXème siècle : en injectant du plâtre liquide dans les vides laissés par les corps décomposés dans la couche de cendres, on obtint des moulages d’une poignante précision.
Les moulages représentent des hommes, des femmes et des enfants surpris par les nuées ardentes alors qu’ils tentaient de rejoindre la porte sud de la ville. Leurs postures figées, parfois en groupe familial, rendent tangible la violence de la catastrophe. Ils ne furent pas tués par la lave, mais par l’intense chaleur et les gaz asphyxiants d’une onde pyroclastique.
Aujourd’hui, les moulages sont exposés dans leur emplacement original, sous une structure de protection moderne. Le jardin a été réaménagé dans un esprit fidèle à celui de l’époque romaine, avec des vignes et des sentiers régulièrement entretenus. L’ensemble invite au recueillement et à la mémoire des habitants anonymes de la ville.
De nombreux artefacts récupérés du Jardin des Fugitifs, y compris les moules de plâtre des victimes, sont exposés au Musée archéologique national de Naples.
Le Jardin des Fugitifs est accessible avec le billet standard pour le parc archéologique de Pompéi. Pour s’y rendre, il faut traverser l’amphithéâtre et la palestra, situées dans la partie est du site. Une visite guidée ou des audioguides peut enrichir la compréhension des lieux et de leur portée historique.
Ce lieu constitue un arrêt incontournable pour ceux qui souhaitent ressentir la dimension humaine de la tragédie pompéienne, bien au-delà des pierres et des fresques. C’est aussi l’un des exemples les plus poignants de la mémoire figée dans la cendre.