Fullonica de Stephanus

La Fullonica di Stephanus se trouve le long de la via dell’Abbondanza, dans la Regio I, Insula 6,7: cette ancienne blanchisserie romaine témoigne d’un tournant important dans l’histoire urbaine de Pompéi.  Construite après le tremblement de terre de 62 apr. J.-C. à partir d’une maison existante, elle fut spécialement aménagée pour le lavage, le foulage, l’essorage et le séchage des tissus: au rez‑de‑chaussée, de vastes cuves en maçonnerie recueillaient l’eau du système hydraulique urbain pour le rinçage, tandis qu’au fond, trois bassins successifs et cinq « bacini pestatoi » servaient à fouler les étoffes à pied dans un mélange d’eau et de substances alcalines.  Un escalier conduisait à une terrasse au‑dessus de l’atrium, le seul atrium à toit plat conservé à Pompéi, qui servait à l’étendage et au blanchiment des textiles. 

La façade large, donnant sur la via principale, et les inscriptions électorales extérieures indiquant le nom « Stephanus » attestent l’importance publique de l’activité.  L’organisation intérieure montre comment cette fullonica mêlait une fonction industrielle (blanchisserie‑tinturerie) à une dimension urbaine, commerciale et domestique. Parmi les éléments remarquables figurent les murs décorés dans le quatrième style pompéien : zoccolatura noire, panneaux rouges et partie supérieure blanche, illustrés de motifs d’animaux, oiseau, cygnes, panthères – signe d’un souci esthétique même dans un atelier. 

Le schéma de fonctionnement est fascinant: les étoffes étaient d’abord foulées à pied dans les bassins imprégnés d’urine humaine ou animale (la plus prisée venant du dromadaire) pour éliminer la graisse et les impuretés.  Puis, elles étaient lavées en cascade dans des bassins communicants, égouttées, brossées ou foulées avec des argiles spéciales, soufrées pour les tissus clairs, puis finalement pressées dans une machine à vis (torcular) avant d’être remises au client. La découverte d’un squelette tenant près de 1 090 sesterces près de l’entrée soulève l’hypothèse du propriétaire surpris par l’éruption alors qu’il tentait de sécuriser le produit de la journée. 

La Fullonica de Stephanus permet de comprendre que l’artisanat textile occupait une place centrale dans l’économie de Pompéi: à l’époque, il y avait au moins treize fulloniche dans la cité, mais celle de Stephanus reste la mieux documentée et la plus complète.  Pour la visiter de façon optimale, arrivez tôt le matin ou en fin d’après‑midi afin de profiter d’une lumière plus douce sur les bassins et d’éviter la foule. Munissez‑vous de chaussures fermées : les sols anciens sont parfois inégaux.

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